Category Archives: Changement climatique/Climate change

Comment développer des systèmes de soins plus résilients et adaptés au changement climatique

Court article pour décrire une idée simple, recentrer le santé publique sur la prévention maintenant pour avoir un système de santé plus résilient demain. Un article en droite ligne avec La santé à l’âge de l’anthropocène.

Penser la santé publique d’aujourd’hui et de demain est un double défi

Les systèmes de santé dans les pays à haut revenus sont face à un double défi: être plus résilient et adapté face aux enjeux climatiques et réduire l’empreinte carbone liée aux soins (~ 8% des émissions françaises). Les systèmes de santé régionaux ou nationaux vont, de manière graduelle et abrupte, être sollicités par les conséquences du changement climatique (ex. augmentation de la fréquence des vagues de chaleur, catastrophes naturelles, sécheresse) qui peuvent se superposer géographiquement ou non. Par exemple, des feux de forêts peuvent entraîner une émanation de particules fines localement et celles-ci peuvent ensuite être déplacées à des centaines de kilomètres.

La prévention au cœur de la santé publique

La promotion de la santé et les différents niveaux de prévention restent le parent pauvre des systèmes de santé. Or, les enjeux climatiques n’ont jamais autant soulignés leur rôle prépondérant dans l’évitement de pathologies ou complications qui pourraient ‘alléger les contraintes’ posées sur le système de santé. La communauté dans le domaine de la psychologie de la santé devrait faire l’état des interventions effectives, déployables dans un contexte ‘dégradé’, pour les populations les plus vulnérables.

La balance bénéfice risque est dépassée

Les interventions psychologiques et comportementales, les traitements pharmacologiques fondées sur des données probantes devraient être repensées en tenant compte de leur empreinte carbone, et non seulement de leur efficacité clinique. En d’autre termes, la recommandation des interventions devrait passer d’une balance bénéfice/risque à une balance bénéfice/risque/empreinte carbone.

Traditionnellement, les résultats cliniques et le rapport coût-efficacité sont les indicateurs clés pour élaborer des recommandations et organiser les pratiques de soins. Nous soutenons que l’efficacité carbone (c’est-à-dire les émissions de carbone par gain de santé obtenu) devrait également être prise en compte avant de déployer une intervention à grande échelle (1).
Par exemple, une étude a montré que les modes d’intervention pour l’arrêt du tabac ont des empreintes carbone différentes (2). Celles-ci varient de fortes pour le conseil en groupe ou individuel (>16 tonnes de CO2 pour 1000 fumeurs) à faibles pour les SMS ou les appels téléphoniques (< 8 tonnes de CO2 pour 1000 fumeurs ; dans ce cas, le soutien par SMS s’est révélé être la stratégie la plus efficace en termes de carbone) (2).

Dans une perspective de santé planétaire, le soutien par SMS ou la télémédecine pourraient être mis en œuvre plus fréquemment, tandis que les stratégies moins efficaces sur le plan carbone (comme le conseil individuel) pourraient être réservées aux fumeurs non répondants. Toutefois, la révision des modes d’intervention devrait systématiquement prendre en compte les enjeux d’iniquité face à l’accès au soin et coût de calcul/matériel (3).

  • 1. Chevance G, Bernard P. Six Ways Health Psychology Can Contribute to Climate Change Mitigation and Adaptation. In: The Routledge International Handbook of Health Psychology [Internet]. Routledge; 2025. Disponible sur: https://doi.org/10.4324/9781003318026
  • 2. Smith AJB, Tennison I, Roberts I, Cairns J, Free C. The carbon footprint of behavioural support services for smoking cessation. Tobacco Control. 1 sept 2013;22(5):302‑7.
  • 3. Chevance G, Hekler EB, Efoui-Hess M, Godino J, Golaszewski N, Gualtieri L, et al. Digital health at the age of the Anthropocene. The Lancet Digital Health. juin 2020;2(6):e290‑1.

Changer les comportements et améliorer la santé mentale (pour une meilleure résilience climatique)

Mon document d’habilitation à diriger des recherches est disponible en ligne. Soyons franc, l’exercice n’était pas des plus plaisant, mais les échanges lors de la défense orale étaient riches de réflexions.

Cet écrit résume une partie des projets réalisés par le passé sur les questions de santé mentale et d’activité physique, de l’intérêt des théories socio-cognitives pour la promotion de l’activité physique, et des enjeux méthodologiques liés au changement de comportement pour des adultes aux prises avec trouble de santé mentale.

L’enjeu principal pour cette section demeurait: trouver un fil rouge aux travaux précédents. Il a donc fallu faire des choix. Par exemple, je n’ai pas présenté une de mes études les plus pertinentes sur le plan théorique et méthodologique (1).

Par la suite, la transition de thématique de recherche vers les enjeux climatiques est étayée via les revues de littérature et les article de prises de position examinant la psychologie de la santé, l’activité physique, le sport, le sommeil dans un contexte d’urgence climatique.

Le document se termine sur une présentation des travaux scientifiques à venir sur les enjeux de changement de comportement, chaleur estivale, sommeil et qualité de l’air intérieure.

Côté motivation à la rédaction, c’était l’occasion pour moi de rédiger un long document en solo (2). Pour cela, j’ai souhaité tester la rédaction à 100% en markdown. Initialement, j’ai utilisé le service Stylo, mais (au moment de la rédaction), les exports de documents long type ‘thèse’ demeurait instables. J’ai donc ‘déménagé’ vers Zettlr, un logiciel libre qui tourne sur très bien avec un pandoc et Latex.

Puis, pour la l’oral, j’ai cherché un logiciel libre qui facile l’utilisation pour réutiliser du texte et des images rédigés en Markdown. Marpit répondait parfaitement à mes attentes.

Pour les curieux, la bande originale de la rédaction est même disponible. Globalement, ce blog (en ligne depuis 2009) a été un bon support pour penser la rédaction, retrouver des références ou textes traduits à l’époque.

  • 1. Kingsbury C, Bernard P. Dynamic Patterns of Personality States, Affect and Goal Pursuit Before and During an Exercise Intervention: A Series of N-of-1 Trials Combined with Ecological Momentary Assessments. Health Psychology Bulletin. 17 mai 2023;7(1):27‑43.
  • 2. Bernard P. Changer les comportements et améliorer la santé mentale (pour une meilleure résilience climatique). Université de rennes; 2025. Disponible sur: https://hal.science/tel-05273911

Un marathon urbain vraiment vert ?

Courir est un bon moment pour réfléchir, particulièrement dans un événement sportif se décrivant comme vert. Les organisateurs décrivent des initiatives comme la plantation d’arbres localement et aussi à l’étranger sous le slogan ‘2km parcourus = 1 arbre planté‘. Ils mènent aussi des initiatives de plogging, et décrivent des engagement de RSE louables.

Mais cet événement sportif est-il aligné avec les efforts dont nous avons besoin face au enjeux climatiques ? Comment les organisateurs pourraient aller plus loin ?

Être plus rigoureux sur leur communication sur la plantation des arbres qui localement peu avoir des bénéfices sur l’écosystème mais pas sur les efforts d’atténuation (locaux & globaux). En effet, il y a peu de données probantes qui vont montrer une efficacité de la plantation d’arbres face aux émissions/captages des gaz à effets de serre (1). De plus, ces initiatives peuvent donner l’impression aux participants de réellement faire un effort face enjeux climatiques, ce qui ne semble pas être le cas.

On pourrait imaginer de nouvelles initiatives associées à des bénéfices plus palpables pour les habitants de la ville ou l’agglomération participant à l’événement. Pourquoi ne pas utiliser les moyens financiers issus du marathon pour alimenter des fonds de soutien aux personnes inondées, ou au financement d’infrastructures ou de formation qui vont améliorer la résilience climatique localement.

En d’autres termes, les ‘gens’ adhèrent plus facilement à des initiatives de lutte contre le changement climatique lorsque celles-ci sont palpables (effet local et à court terme).

Cet événement met aussi l’emphase sur les liens avec les entreprises locales (e.g., marathon par équipe), pourquoi ne pas alors favoriser le lien entre ces entreprises et des formations continues liées au changement climatique qui pourraient être financées (partiellement) par le budget du marathon. Par exemple, l’Université de Chambéry propose un Diplôme Universitaire Sport Environnement Climat qui est très bien construit (Conflit d’intérêt, je suis intervenu pour ce DU). Soutenir la formation continue en lien avec le changement climatique pourrait avoir des effets transformatifs chez les employés (et donc les entreprises) participants au marathon.

Rapidement, la politique de sponsoring pourrait être plus alignée avec des efforts d’adaptation et d’atténuation face au changement climatique. Pourquoi ne pas aller chercher des entreprises qui de part cœur de métier favorisent le transport actif ou en commun, une alimentation plus végétalisée et locale….?

1. Romm J, Lezak S, Alshamsi A. Are Carbon Offsets Fixable? Annual Review of Environment and Resources 2025; 50: 649–80.

 

Sports, activités physiques et changement climatique : tout change(r) ?

Cet article est l’opportunité de partager la présentation réalisée lors du congrès de l’Association des Chercheurs en Activités Physiques et Sportives à Poitiers.

Après une brève présentation de l’état des lieux sur les enjeux climatiques en France, j’y aborde l’état des connaissances au sujet de l’activité physique, du sport et du changement climatique. Je me suis efforcé de proposer des pistes concrètes d’action pour les membres de la communauté des Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives. C’est aussi une opportunité de mettre en exergue les travaux de recherche menés en France et ailleurs sur cette question et d’identifier des membres de la communauté STAPS actifs dans la formation sur ces questions (exemple ici).

Le support de présentation est accès libre.

Pour les personnes qui souhaitent aller plus loin, voici quelques publications citées et quelques ressources plus aisées d’accès:

En Français :

Podcast sur l’adaptation

 

 

 

 

 

Penser les écoles comme des abris climatiques de jour (et de nuit)

L’actualité liée aux fortes chaleur en Juin 2025, nous rappelle que les écoles en France sont très vulnérables à la chaleur, et qu’en France, les maigres efforts de rénovation se concentrent sur l’efficacité énergétique. Un rapport d’Oxfam en 2023 soulignait qu’ ‘environ 1,3 million d’enfants de 2 à 5 ans » – seront, d’ici 2030, exposés à des vagues de chaleur pouvant dépasser les 35 °C à l’extérieur’. C’est le cas de 100 % des écoles maternelles des Bouches-du-Rhône, de la Seine-Saint-Denis, à Paris et de Gironde’.

On peu aisément, imaginer que l’augmentation de la précocité des vagues de chaleur va rendre les apprentissages très compliqués pour les enfants, mais aussi détériorer les conditions de travail des personnels, voir créer des déséquilibres dans les passations d’examen.

Un projet multidisciplinaire mené avec la ville de Barcelone présente une méthode et des premiers résultats pour reconsidérer les écoles comme des abris climatiques (López Plazas et al. 2023).

La ville de Barcelone souhaite identifier les stratégies les plus acceptables, coût/efficaces et faisables pour rendre des écoles plus résiliente au changement climatique. 45/160 écoles ont exprimé leur intérêt pour participer et documenté les questions techniques requises. Le conseil de la ville de Barcelone a sélectionné les écoles en fonction de leur répartition géographique par district, de la radiation solaire des cours, de l’efficience énergétique du bâtiment, de sa vulnérabilité à la pollution de l’air et sonore et de la possibilité d’utiliser les bâtiments en dehors du temps scolaire.

Une analyse poussée de la littérature académique a été réalisée pour identifier les stratégies efficientes en contexte scolaire concernant la gestion de l’eau, des espaces verts, des infrastructures. Puis, les 11 écoles pilotes ont fait l’objet d’une caractérisation fine (environnement proche, ombrage….) et d’une évaluation du risque local d’îlots de chaleur.

Par la suite, des ateliers participatifs ont été menés avec les professionnels des établissements, les écoliers, les parents et les responsables de maintenance. Les stratégies à adopter étaient choisies sur la base des difficultés d’implémentation, du coût, et des impacts en terme de maintenance, puis soumises aux utilisateurs locaux pour un choix partagé. La figure ci-après illustre les solutions sélectionnées.

Des critères d’évaluation et de suivi centrés sur le bâtiment et la cours, la communauté d’utilisateurs de l’école ou vivant proche, le contexte de l’école (détaillés dans l’article). L’analyse des effets des solutions choisies suggère que :

  • les brumisateurs, l’utilisation de matériel qui renvoient la chaleur et des espaces ombragés utilisant des plantes sont efficaces dans les cours
  • l’ajout de protections solaires et de système de ventilation solaire améliorent grandement l’utilisation des bâtiments
  • la modifications des sols des cours pour une végétalisation et des matériaux plus adaptés diminuaient l’effet local d’îlot de chaleur (mais les plus coûteux en temps et argent)

Globalement, 3/11 écoles se sont améliorées de l’ordre de 40 %, 4 entre 25 à 40% et 4 moins de 25%. Cette étude pilote a permis de toucher ~4500 enfants pour ~4 millions d’euros, permettra à ~1350 enfants d’utiliser les espaces extérieurs l’été.

Les auteurs soulignent que la perception par les utilisateurs des modifications apportées aux écoles sera présenté dans un autre article.

Ce qui est toutefois étonnant, c’est que les écoles dans ce projet ne soient pas considérées comme des lieux où l’on pourrait effectivement accueillir temporairement des personnes vulnérables à la chaleur. La lecture de cet article peut être mise en perspective avec deux sources:

  • le podcast qui présente le bureau du temps de la ville de Rennes (Hélène Réveillard) qui illustre son travail et les efforts menés pour mieux utiliser les école en dehors du temps scolaire
  • l’article de Pascal et al. (2021) qui résume les efforts de santé publique mis en place dans la lutte contre les vagues de chaleur en France.

Celui-ci souligne que malgré la mise en place de systèmes d’alerte et de stratégies de prévention, les impacts en termes de mortalité et de morbidité liés à la chaleur persistent. Un système d’alerte instauré en 2004 a montré une faible efficacité. Plus récemment, les stratégies de prévention destinées au grand public et aux personnes âgées comprennent des recommandations préventives (diffusées via la télévision, la radio et des brochures) et le développement de registres locaux pour les individus vulnérables à la chaleur s’étant auto-identifiés. Cependant, l’efficacité de ces mesures n’a pas encore été évaluée (Pascal et al. 2021).

On pourrait ‘facilement’ penser les infrastructures scolaires comme des abris climatiques pour les personnes qui vivent dans des bouilloires thermiques à proximité et qui souffrent de la chaleur nocturne. Ces ‘cooling centers’ sont par exemple déployés au Canada dans des structures publiques comme des gymnases (Jay et al. 2021). En adaptant et généralisant l’initiative menée à Barcelone d’école ‘résiliente’ à la chaleur, et en la pensant comme potentiel lieu d’accueil nocturne, chaque euro investi aurait serait associé à des bénéfices éducatifs et sanitaires pour les élèves, les personnels, et les personnes du quartier.

  • Jay, Ollie, Anthony Capon, Peter Berry, Carolyn Broderick, Richard de Dear, George Havenith, Yasushi Honda, et al. 2021. “Reducing the health effects of hot weather and heat extremes: from personal cooling strategies to green cities.” The Lancet 398 (10301): 709–24. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(21)01209-5.
  • Pascal, Mathilde, Robin Lagarrigue, Anouk Tabai, Isabelle Bonmarin, Sacha Camail, Karine Laaidi, Alain Le Tertre, and Sébastien Denys. 2021. “Evolving Heat Waves Characteristics Challenge Heat Warning Systems and Prevention Plans.” International Journal of Biometeorology 65 (10): 1683–94. https://doi.org/10.1007/s00484-021-02123-y.
  • López Plazas, Fabian, Eva Crespo Sánchez, Raquel Llorca Pérez, and Emma Santacana Albanilla. 2023. “Schools as Climate Shelters: Design, Implementation and Monitoring Methodology Based on the Barcelona Experience.” Journal of Cleaner Production, November, 139588. https://doi.org/10.1016/j.jclepro.2023.139588.